Connaissez-vous le syndrome de l’araignée?

 

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C’est un mal qui touche la totalité des gens et groupes qui doivent laisser leurs marques sur les personnes afin de garantir la survie de leur entreprise, parti politique ou firme de relations publiques.  Pour atteindre un maximum d’individus, ils tissent des toiles à la mesure de leurs moyens.  Un fil entre un siège social et un organe médiatique, un autre entre une université et des entreprises; tout ce qui peut racoler un maximum de gens.

 

Le même syndrome existe à un niveau plus subtil, que nous pourrions qualifier d’occulte. L’araignée prépare sa proie en lui offrant des œuvres, films, musiques, livres. Elle lui suggère ensuite des activités et croyances pour anéantir sa résistance et tisse enfin un fil pour accéder à sa victime. Vient après la chasse aux relations pour qu’elle puisse avancer en tissant des ramifications vers les relations de sa nouvelle proie. De fil en fil, elle agrandit l’espace autour de son nid et tente d’atteindre de nouvelles cibles. Et un jour, elle décide de mordre une de ses victimes. Qu’elles sont les symptômes? Ils dépendent de ce que notre psychisme est prêt à accepter et de notre relation avec l’araignée. Si nous facilitons ses ramifications, cela peut se rapprocher d’un sentiment de bien-être, accompagné d’heureux hasards, des prémonitions et de messages télépathiques positifs.  Dans le cas contraire, l’araignée nous fait comprendre que nous devrions nous assujettir.   

 

 

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Noir

 

Après l’observation de l’hélicoptère noir, le 24 mars 2001, je crée des capsules radiophoniques de 20 minutes. Avant le 22 juin 2001, date citée à la page 296 (Manipulation), neuf sont enregistrés pour un total de 37. Dès ce jour, j’enregistre la dixième partie sur une enregistreuse quatre pistes, récupérée d’un réparateur montréalais. Cela me permet certaines expérimentations sonores et l’ajout d’instruments de musiques.

 

Le temps passe et se produit le cambriolage du 17 septembre 2001, cité à la page 297. Je décide de ne pas partager cette malheureuse expérience avec mes proches. Je ne sais pas si c’est une bonne réaction, mais je n’ai pas le goût de tourner le couteau dans la plaie, par des rafales de questions que je ne désire pas me faire poser. Je reconnais par contre que ce délit me rend méfiant, au point d’avoir l’impression d’être victime d’autres intrusions pour cette raison: je trouve de longs cheveux et traces noirs à la suite de courtes absences.

 

En février 2002, je laisse mon clavier après plusieurs heures de travail, afin de remplir mes obligations. À peine deux heures plus tard, je reviens chez moi pour me remettre aussitôt au boulot. Sur mon clavier, je découvre un long cheveu noir. Je ne comprends pas comment il a pu arriver là entre mon départ et mon arrivée. Un autre long cheveu noir apparaît à la fin de mars, dans mon bain cette fois. Je l’examine et le place sur une table. Pendant que j’écris une étiquette, pour marquer une éprouvette dans l’espoir de le préserver, le cheveu tombe sur le plancher. Après une longue recherche, j’abandonne. Il reste introuvable.

 

Bien sûr, je tente des explications. Ai-je visité une personne ayant des cheveux noirs, dont un aurait pu coller à un vêtement, se retrouver chez moi pour ensuite tomber sur une table et se retrouver dans mon bain ou sur mon clavier par la force d’un déplacement d’air, lors de mon absence, même les fenêtres fermées? Je ne connais personne qui porte de longs cheveux noirs.

 

Par contre, dimanche 7 avril 2002, je rencontre une femme aux longs cheveux noirs. Je m’assois à ses côtés, sur le siège arrière d’une fourgonnette pour me rendre en Montérégie, au sud de Montréal. De la musique accompagne notre déplacement et inspire nos conversations. Elle provient d’une cassette qui contient exclusivement de la musique québécoise émergente, dont quelques artistes du Lac Saint-Jean que la dame connaît personnellement. L’occasion se présente pour glisser vers un petit problème qui me tracasse. La veille, le 6 avril, j’arrive chez moi et me repose quelques heures après bientôt 24 heures d’activités. Vers 15 heures, je m’absente à peine une heure, pour aller acheter des bagels et des cassettes audio. En revenant à la maison, je trouve des traces noires sur le tapis de l’entrée, ressemblant à des marques de souliers. La matière ressemble à de la suie ou du charbon écrasé. Avec raison, je crois encore que quelqu’un est entré chez moi durant mon absence, sans par contre prendre le temps de méditer sur ce phénomène. Cela dit, je me sens soulagé et prêt pour passer un moment grandement apprécié, qui me rappelle la générosité de l’hôte, décédé en juin 2009, celui avec qui je cueillais des pommes le 17 septembre 2001.

 

La folie

 

Le 9 avril 2002, je trouve encore un cheveu noir. Cette fois, je réussis à la placer dans une éprouvette. Par la suite, je me permets des liens sans bon sens. Pour vous les citer, je dois commencer par le début. Depuis quelques semaines, je reçois deux salaires à mon adresse, le mien et celui d’une jeune dame que je croise occasionnellement à mon travail depuis décembre 2001. Sa tête est recouverte de magnifiques cheveux noirs, alors que son physique me fait penser à une statue représentant la déesse Ishtar. Pour des raisons que j’ignore, cette dame sera au centre de rêves et des synchronismes étranges. À un certain moment, j’ai l’impression d’entendre une voix, en me questionnant sur ces foutus cheveux trouvés chez moi. Est-ce mon inconscient qui me joue des tours, de fatigue nerveuse provoquée par un travail de nuit ou l’araignée qui rode autour de moi? Je ne peux répondre à la question. Bref, la voix m’affirme que la réponse est sur la cassette de musique qui a joué le 7 avril. Je découvre alors que le titre de la première pièce est le prénom de cette dame. Je suis surpris, sans en faire un cas. 

 

La dame se dévoile lentement lors de conversations. J’apprends qu’elle vient de passer par une période difficile, suite à des manifestations occultes récurrentes, où elle affirme s’être fait toucher par une main durant la nuit. Je ne peux en dire plus sur ses expériences, mais sa répulsion pour le film l’Exorciste me laisse l’impression d’un traumatisme. Elle affirme aussi avoir un petit problème, en ayant l’impression de ne pas vivre au bon moment. Selon elle, l’explication proviendrait du fait qu’elle serait une enfant indigo, race bleue que je découvre quelques mois plus tard, à travers le Réseau Tara et la Société Théosophique. La dame s’intéresse aussi à l’astrologie. Bien que je répugne cet art divinatoire, je me soumets et donne mon signe à la Sagittaire, pour ensuite lire mon horoscope. Suivent des expériences fortement subjectives qui s’associent à mon travail d’écriture et à des recherches. La dame me parle de ses deux couronnes de dents qui lui ont coûté 6000 $. Quelques jours après je dois épier le quatrain de Nostradamus, cité à la page 238, traitant des deux dents en la gorge. Elle me parle aussi d’Hercule, son copain d’enfance, pour enfin me comparer à lui. Sait-elle qu’au même moment je fais des recherches sur le héros grec et la pomme d’or?

 

Mais ce voyage dans l’univers suggestif va par contre devenir troublant, pour ne pas dire tordant. Au retour de la buanderie, je constate que j’ai ramené une pièce de linge qui ne m’appartient pas, un sous-vêtement féminin noir dont mon nom de famille se retrouve sur l’étiquette. Si ce hasard m’amuse, ça devient plus sérieux quand je me souviens qu’Hercule est mort après avoir porté la tunique empoisonnée donnée par un centaure, qui est en fait un Sagittaire, signe du zodiaque de la dame aux cheveux noirs.

 

Une autre personne aurait peut-être eu des réactions différentes, voire de l’indifférence, moi je décide d’écrire une lettre à un copain, que nous baptiserons Daniel. Il est un auditeur de Valis, vivant à quelques minutes de CIBL FM, que j’ai rencontré lors d’une enquête. Le choix peut sembler discutable. Daniel a connu les profondeurs de la drogue et a fréquenté des groupes criminalisés. Il analyse aussi des symboles se retrouvant dans les œuvres de Salvator Dali en plus de dénicher des marques occultes dans la musique rock et de tracer… des cartes du ciel.

 

La lettre ne se rend pas à destination. Cela m’est confirmé par Daniel, un vendredi, vers 21 h 30, lors d’une communication téléphonique. La raison est peut-être qu’il ne vit plus à sa résidence. Depuis quelques jours, il vagabonde dans les rues de Montréal. C’est une bonne nouvelle pour ces deux raisons:

 

  1. Lors de ma dernière tentative pour le rencontrer, Daniel vient de quitter sa demeure après s’en être pris à sa copine, en l’accusant d’être le Diable et en se prenant pour Dieu, selon les propos de cette dernière.

 

  1. Je crois qu’il aurait traversé la frontière américaine et serait maintenant le tueur fou de Washington laissant  pour signature carte du tarot de la mort et de la transformation, en affirmant, comme Daniel, être Dieu.

 

Vous devez constater que je devrais faire attention à mes fréquentations. Daniel connaît aussi les psychiatres. De mon côté, les expériences relatées par certains m’offrent de la matière à réflexion qui me permet d’étendre mes connaissances, dont celles des médicaments prescrits pour contrôler leurs délires. Mais encore, j’ai parfois l’impression que certains cas relèvent d’une extrême lucidité ne pouvant s’exprimer dans un créneau acceptable à cause de l’influence du milieu social, environnemental et culturel. Bref, lors de la conversation téléphonique, Daniel me dit que «ma tête est mise à prix», mais qu’avant que le contrat soit exécuté, je recevrais un «téléphone du 911», service réservé aux urgences. Je ris de bon coeur. Daniel délire encore avec ses histoires de complots. 

 

À la même époque, je traverse une étrange période. Je fais des rêves bizarres, accompagnés de voix. La dame aux cheveux noirs y est présente, loin et toujours dans le noir, sans que je puisse voir son visage clairement. Je ne sais quand et comment, mais à la suite d’un de ces étranges rêves, je suis informé que la charmante dame a consulté une voyante. Elle aurait prédit ma mort, selon la voix qui me parle. Je porte peu d’intérêt pour cette expérience onirique, par faute de temps et refus de tomber du nuage où je suis. Arrive le mardi 26 novembre 2002. Cette journée, je rencontre la dame dans un petit restaurant. Lors de notre conversation, elle m’informe qu’elle a effectivement rencontré une voyante, qui lui a prédit que je lui ferais des avances. Sa voyante va jusqu’à dévoiler mes désirs les plus profonds et des problèmes que je vis. Au moment de quitter son véhicule, je tombe de mon nuage. Les histoires de cheveux, des traces et de vêtements noirs prennent un sens particulier. Pour ce qui est des voix entendues, c’est assurément le même genre de «contrôle télépathique» que je dénonce dans Le Livre amer. La réalité me rattrape, sans invitation. Le lendemain, ça ne va plus. Pendant que je discute avec un copain, je me retrouve ailleurs pendant moins d’une seconde, le temps de voir la dame habillée de blanc et de noir, sur un fond noir. Cette vision est suivie d’un profond mal de vivre qui soumet ma pensée à cette histoire de voyante et ma mort qui aurait été prédite. Après une vérification, la dame m’informe qu’il n’a pas été question de la prédiction de ma mort par la voyante. Je ne crois pas et préfère me fier à mon rêve.   

 

C’est le 30 novembre 2002 que j’atteins le creux du gouffre. Mon téléphone est en panne. Je ne peux recevoir ou faire des appels. Par contre, vers 20:15 heures, il sonne. C’est le 911 qui appelle chez moi. L’interlocuteur veut savoir si tout va bien. Je lui explique que mon téléphone fonctionne, en pensant que c’est le 611, service de réparation téléphonique. Il me redemande si tout va bien, en affirmant que c’est le 911... Et voilà que les propos de Daniel se concrétisent. Le 911 vient non seulement d’appeler chez moi, mais cela arrive à un moment où la ligne téléphonique ne fonctionne plus. Le premier décembre, un technicien me confirme qu’il est fréquent que le 911 téléphone chez les victimes de pannes, mais que ce phénomène reste sans explication.

 

Après avoir été forcé de réfléchir, j’ai accepté l’idée d’avoir été mordu par l’araignée pour une deuxième fois en quatre ans.  La même soirée, j’ai enregistré l’émission 9 d’une nouvelle série de capsules de Valis (titre d’un livre de Philip K. Dick). Elle traitait de contrôle télépathique, en incluant mon histoire autour de la dame et cette fameuse carte 13, arcane de la mort et de la transformation. Lors de la livraison de mon travail, le 21 janvier 2003, je discute avec un animateur de la station. Je lui parle du contenu de la prochaine émission. Il me réfère à un livre de Philip K. Dick, ayant pour titre La Radio libre Albemuth (1985). Il est question de contrôle télépathique, d’une fausse religion et d’une femme aux cheveux noirs.

 

Le 20 janvier 2003, je coupe temporairement mes liens avec la dame pour cette raison: je ressens un profond malaise physique en sa présence, au point d’avoir de la difficulté à lui parler.  Le peu que j’ai réussi à lui dire va prendre une tournure mystique. Elle m’affirme être dans la lumière... Elle a vu le Seigneur quand elle était jeune... La voix revient, mais cette fois je ne rêve pas et suis éveillé. Je refuse ce qu’elle me dit. La rébellion... Le 26 janvier 2003, je fuis dans des spéculations sans fond. J’en suis à croire que la dame indigo est utilisée pour me faire du tort, une impression qu’on complote contre moi à mon travail. Mon patron me questionne. Je lui avoue ressentir un petit problème au travail. Quelques minutes après, il m’isole pour me dire que je dois rencontrer le syndicat le plus vite possible, pour leur dire ce que je viens de lui affirmer. Bref, le 28 janvier 2003, j’apprends qu’une plainte de harcèlement a été déposée contre moi par la dame.  Si je ne peux être mis au courant de ce qu’elle a dit, il est question de «harcèlement téléphonique» et d’autres énoncés plus sérieux qui pouvaient exiger l’intervention d’enquêteurs, pour m’interroger et interroger la dame.  C’est le bonheur. Je suis enfin assuré que mes malaises et ma paranoïa avaient une raison d’être.

 

Je me suis défendu devant le syndicat et précisé que la dame me téléphonait plus souvent que moi, parfois même pour me demander de lui téléphoner avant de partir pour le travail. Elle m’a même offert de me transporter au travail. Harcèlement!!! Les relations étaient plutôt bonnes, plaisantes, au point de présenter une preuve écrite qu’elle m’avait emprunté 300 $ au début de janvier 2003, ce qui semblait surprendre le syndicat, pour qui mon témoignage ne concordait pas avec celui de la dame.

 

C’est étrange jusqu’où peut nous transporter l’Hermès, patron des voleurs. En 2002, seul avec elle au travail, j’ai vu ses yeux se transformer, au point de ressembler à ceux d’un chien durant la nuit, ou encore d’un loup. Le temps de constater le phénomène, ils revenaient à la normale.  En avril 2004, j’avais cette fois l’impression d’entendre sa voix me parler, quand elle est passée près de moi. À la même époque, un copain de travail me parle de la dame en question. Il vient de vivre une mauvaise expérience avec elle. Pour la première fois, je n’étais plus un menteur et un harceleur, mais devenais la victime d’une menteuse qui change de personnalité comme elle change de fréquentations. Je ne me réjouis pas de ces propos, même s’ils me soulagent.

 

Pour ce qui est de Daniel, en février 2004 est interné temporairement en institut, victime de visions. Rencontré le Vendredi saint de 2004, lors d’une pause entre les actes d’un théâtre se présentant à quelques pas de chez lui, dans une église de la rue Adam, il compilait ses visions sur papier et avait arrêté de me parler d’astrologie. Si je n’ai rien compris de la dame aux cheveux noirs, j’ai maintenant la chance de mieux comprendre l’univers de Daniel. Lui qui affirmait rencontrer des personnages étranges, au point de s’enfermer chez lui, a marché avec moi pour m’accompagner à l’arrêt d’autobus, ce qui semblait démontrer une amélioration de son état. C’était à la fin de décembre 2003, peut être au début de janvier 2004. À l’arrêt, nous avons sommes tous les deux surpris par un personnage portant un smoking et un chapeau haute-forme. Je ne sais pas s’il avait froid, si peu vêtu. Peu importe, il était bien déguisé. Dans le folklore québécois, son accoutrement fut souvent associé au diable cachant ses cornes avec son chapeau.

 

La suggestion finit toujours par attaquer la logique, que nous soyons un pauvre type emprisonné dans un monde imaginaire, un auteur ou un oligarque. Et quand arrive ce jour, la pire chose à faire est de proposer le silence comme solution. Quand plus rien ne va, peu importe la raison, il est important de pouvoir être écouté par des gens qui ne sont ni juges, ni critiques. Le problème est de constater qu’ils sont peu nombreux et le seront encore plus demain. La raison? La toile de l’araignée est devenue gigantesque, au point que notre société a cette fâcheuse tendance à marginaliser ceux qui ne sont pas pris dans la toile de la bête ou les autres qui tentent de s’en détacher.  

 

 

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