Nouvelles de l'Interzone

 

Octobre 2009

 

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Après bientôt cinq années écoulées depuis décembre 2004, je reprends la plume. J’aimerais vous dire que j’ai profité des biens faits du réchauffement climatique pour remplir mes piles de ce soleil omniprésent des derniers étés, mais je vous mentirais.  Sans raisons ni accusations, j’ai été incarcéré par de pâles personnages dans un lieu sans fenêtres, glaces et surfaces polies. Trois fois par jour, on m’a cloué sur un fauteuil kaki, servi à boire et à manger sur une table de chêne pour ensuite me projeter des films. Un Cahors et du fromage au lait cru pour accompagner Crazy et La Neuvaine? Si nous parlions plutôt de colas sur glace et de maïs soufflé au beurre pour me faire avaler des projections de films Vampires de John Carpenter et La Guerre des mondes de Steven Spielberg. Cruauté! Par la force des choses, j’en suis arrivé à croire que la torture élève l’esprit. Et comme je suis un être altruiste, j’ai profité de mon temps libre pour vous édifier par l’écriture d’un essai qui démontre que le mondialisme nous précipite vers une théodictature mondiale. Son titre est Le Livre amer. Vous pouvez vous le procurer chez votre libraire favori ou consultez des extraits.

 

 

Maintenant, nous pouvons nous regarder dans les yeux. S’il vous plaît, ne me rabâchez pas que dans Vampires les buveurs de sang sont les créatures de prêtres catholiques ayant vécu au moyen âge. N’ajoutez pas que la réalité colle à la fiction en me montrant, de votre index, les soldats sanguinaires de Blackwater soumis aux ordres du fondamentaliste chrétien Erik Prince. Par pitié, ne me dites pas que dans La Guerre des mondes les martiens utilisent la foudre pour voyager du ciel vers leurs machines de guerre souterraines. Qu’ils tuent des humains et laissent derrière eux des ruines et un environnement en mutation peint du liquide rouge de leurs victimes.  Cessez de me dire que notre civilisation se révèle la proie d’une bête aux dents de fer qui triture tout sur son passage, comme les envahisseurs de Mars!

 

 

 

Aujourd’hui, je soigne les blessures des supplices en noyant mon esprit de pensées positives et de réflexions humanistes. Les extraterrestres et les vampires n’existent probablement pas. Alors, cessons de nous inquiéter et profitons de la vie. Tout va pour le mieux! Depuis l’automne 2008, nous vivons des changements plus que souhaitables. Non! Je ne pense pas à l’élection d’un «socialiste» et «musulman» à la tête des États-Unis. Celle du gouvernement majoritaire du Parti libéral du Québec (PLQ) de Jean Charest se révèle beaucoup plus importante.  Jean le mérite. Afin d’honorer son amitié avec les grands bâtisseurs et démocrates Paul Desmarais et Nikolas Sarkosy, il a œuvré pour Rabaska le plus gros feu d’artifice au monde à se donner dans une région urbaine. Le 19 août dernier, Jean a même décidé d’autoriser, avec le soutien du ministère des Loisirs et des Sports, la création d’un lac artificiel d’une profondeur de plus de 200 mètres, pour accommoder les nombreux amateurs de plongée sous-marine.

 

Malheureusement, alors que nous avançons vers l’avenir au nom de l’économie, des petits journalistes gangrènent le tissu social en tentant de nous apeurer. Devons-nous savoir que pour nous offrir un des lacs le plus profonds en Amérique, des citoyens de Malaric (Abtibi-Témiscamingue) ont été délocalisés? Que la société minière Osisko en profitera pour puiser un peu d’or, dans le but d’amortir les frais d’exploitation! Enfin, que les Algonquins, une tribu angolaise arrivée à Mirabel par vol nolisé en 1913 selon une source bien informée, veulent bloquer le projet! Avons-nous le goût de nous faire raconter que Rabaska serait en réalité un port méthanier dont l’énergie équivaudrait à une petite bombe atomique? Qu’en juillet 2007, «93 personnes» ont abandonné leurs procédures contre le projet pour se conformer à un bâillon qui leur demandait de «ne pas directement ou indirectement évoquer ou soulever publiquement, de quelque façon ou en quelque circonstance, y compris à l’intention des médias, la question de la conformité du projet Rabaska aux règlements municipaux», selon Guillaume Bourgault-Côté du Devoir. Devons-nous savoir qu’un activisme, dont nous tairons le nom, aurait été harcelé par des appels téléphoniques anonymes et épié par des individus stationnés près de sa résidence?

 

Cette volonté des journalistes de nous apeurer en prétextant notre droit à l’information est grave, presque criminelle. Le ministre Sam Hamad devrait-il dénoncer leurs textes, comme il l’a fait avec le Manifeste du FLQ? Gilbert Rozon, le grand manitou de Juste pourrir, oserait-il les associer au passé comme il l’a pratiqué avec Louise Harel? Je n’attendrais pas une intervention de ces grands personnages pour accuser les journalistes «d’assassinat temporaire». La raison? Je souffre d’une maladie qui jadis inspira La Conquête de Plassans d’Émile Zola (1840-1902). Il s’agit de troubles cataleptiques, une paralysie des muscles et un abaissement du pouls qui me transforment en macchabée lorsque j’ai très peur.    

 

Mort de peur

 

La dernière fois que je suis mort remonte à un lundi d’avril 2003. Comme un vieux reptile cloué devant le soleil, je contemple l’agitation du phosphore de ma télévision. À l’extérieur, des nuages noirs traversent le ciel et une dame claironne ces mots insensés: le diable s’incarne sur terre en enjambant la foudre. Je veux me précipiter vers la fenêtre pour lui demander de baisser le ton, mais je reste écrasé sur mon fauteuil, mes yeux fixés sur le petit écran. Elle répète la même phrase, pendant que mon corps s’enfonce profondément dans la bergère pour me préparer à écouter le message important provenant de la bouche de l’animateur de la Soirée des élections.  «Le PLQ formera un gouvernement majoritaire».

 

La bonne nouvelle me frappe le cœur au moment où la voix de la dame s’éteint et qu’un vacarme incroyable se fait entendre sous les tremblements du sol. La Guerre des mondes… Une foudre d’une intensité rare tombe tout près. Peur! Alors que Jean Charest jubile entouré de son «équipe du tonnerre», une masse pioche mon crâne et je m’affaisse dans le trou humide et froid du sépulcre de mon cortex. Bye bye la vie. Je meurs sans voir l’ombre de la grande faucheuse, le tunnel de lumière, sans poser ma signature sur mon testament.

 

Je suis ressuscité vers minuit. Je ne sais comment vous l’expliquer, mais pour la première fois de ma vie, la mort m’a marqué d’une morosité cadavérique en me métamorphosant en un genre de zombie au regard éteint par un hiver éternel; une grosse viande froide dotée d’une conscience. Pour me sentir mieux, je devrais sortir, me payer du bon temps, mais la seule idée de m’offrir des rencontres pour m’intégrer au monde des vivants me laisse éternellement craintif. Il me semble aussi que la projection incessante du film Vampires ait provoqué chez moi une crainte inexplicable de l’autre. Leurs regards de mépris et d’arrogance me transpercent. Leurs crocs se plantent dans mon artère carotide pour me vider de mes fluides émotionnels, de ma langue, de ma culture, de mes rêves et de mes ambitions. Je ne veux plus entendre ces vampires me demander d’ouvrir mon esprit. Et lorsque je lutte contre le contrôle hypnotique de leurs yeux, cette question ne cesse de hanter ma conscience: devrais-je consulter un psychologue?

 

Jean Charest: le Canadien, le prêtre et le prophète

 

 

Si je le faisais, je devrais assurément lui dire que depuis mon dernier décès la voix de la dame hante mes rêves les plus sombres. La dernière fois remonte à la fin de juillet 2009. J’étais figé sur le siège avant d’une petite automobile, à côté du premier ministre Jean Charest. Je ne sais pas si mon inconscient s’inspirait de sa demande d’une majorité parlementaire pour tenir seul le volant du Québec, lors des élections de décembre 2008, mais notre cher premier ministre conduisait une voiture dans un quartier résidentiel en commettant de nombreux délits. Dans mes derniers souvenirs, pour passer d’une rue à l’autre nous traversions une bande de gazon d’environ trois mètres en écrasant des végétaux. Moi qui m’exprime généralement avec facilité, lorsque vient le temps de critiquer des méfaits, cette fois ma crainte ordonnait le silence, comme une impression que son comportement n’était pas lié à un quelconque plaisir de désobéir à la loi, mais à une immunité inquiétante qui lui en donnait la possibilité.

 

Revenons à la fameuse voix. Je ne peux affirmer avec certitude si un lis se retrouvait parmi les plantes que Jean saccageait. Par contre, la voix de la dame semblait le préciser. Alors que je m’apprête à me réveiller, elle dit ces mots en parlant du premier ministre: l’initié demande à son maître les outils pour tuer le Lys. Il obtempère à sa demande en lui donnant 13 ministres femmes, 13 ministres hommes et 13 années de pouvoir.

 

 

Je ne tenterais pas de m’inspirer de ce songe onirique pour affirmer que de nombreux délits marquent la politique québécoise. Si je me permets une petite parenthèse, je dirais que nos élus représentent des modèles d’honnêteté, la crème de notre société et aussi des sages qui ont toujours la bonne solution à nos anicroches. Un exemple se retrouve dans le cas d’Alan DeSousa, maire de l’arrondissement Ville St-Laurent. Il y a deux ou trois ans, ce type maîtrisant très bien l’anglais, contrairement à Louise Harel, proposait de faire bouillir l’eau pour remédier à un problème de contamination au plomb. Devant sa présence, j’ai plongé dans le vide de mon ignorance et vécu une révélation digne de celle de Robert Tessier devant la photo de Micheal Sabia. Les métaux ne se concentrent pas dans l’eau en ébullition.

 

Aujourd’hui, j’espère ce miracle en m’inspirant de la voix de la dame: Jean occupant le poste de premier ministre pour quatre mandats. Treize ans à servir la nation entre 2003 à 2016, est-ce possible? Nous avons voté massivement au dernier scrutin de 2008 pour l’élire à une troisième reprise. Pouvons-nous faire un petit effort pour une quatrième occasion afin de nous offrir quelqu’un d’intègre dont le nombre d’années passées sur le siège du chef d’État se rapprocherait des six mandats consécutifs de Maurice Duplessis?

 

Vous marmonnez que «13 ans» sonne à l’oreille comme le mot «trahison» lorsque nous parlons avec une banane flambée dans notre george bouche, un désert très apprécié par Jean. Je vous réponds que vous jalousez ce «grand bâtisseur», le seul à posséder assez de charisme pour mater les séparatistes, les francophiles, les Patrick Bourgeois de ce monde, les mécréants, les intellectuels et les agitateurs publics comme le groupe Maître chez nous au 21e siècle (MCN21) qui propose la nationalisation des éoliennes. Regardons-le de la tête au pied. Jean symbolise notre Apollon national. Observons son juste milieu. La feuille d’érable canadienne camoufle sa saucisse Maple Leaf sans lys thé rose, son menhir, sa pendule de mandibule, son engin de jouissance, son phallus, son zizi, bref, sa basse partie, tout en servant d’objet d’excitation à la base militante de son parti.

 

Ne le cachons pas. Nous adorons son Canada au point que nous ne voulons pas qu’il soit comme un père qui nous donnerait les moyens pour nous éduquer, nous soigner, nous nourrir, nous loger et parfaire la connaissance de notre langue et culture. Notre amour exige qu’il soit un prêtre dont les révélations et la qualité de ses enfants de choeur ne pourraient se discuter. En cas de crise majeure, nous aimerions réciter des prières avec lui. Pas en latin comme dans le temps de Maurice. En anglais pour mieux sauver le marché et offrir l’aumône aux minières, méthaniers et vendeurs d’eau. Nous serions même prêts à augmenter le taux de notre dîme involontaire pour soustraire notre église de la faillite au risque de laisser des ruines comme le font les envahisseurs dans La Guerre des mondes, à honorer le prêcheur de bonnes nouvelles, comme l’ont fait la majorité de ses fidèles, à la fête organisée par la Fondation de l’Université Sherbrooke.

 

Avec un peu de bonne volonté et une grande piété, nous pourrions coller sur le front de notre premier ministre ces propos de Steven Guilbault, anciennement de Greenpeace, parus dans l’édition spéciale 15 ans du journal l’Itinéraire:  

 

Comme Moïse, Jean pourrait-il nous offrir la terre promise ou mieux, le paradis? Sans oser décrire son œuvre magistrale, nous pouvons espérer de lui la création d’un gigantesque Biodôme traversé par un grandiose mur de ciments servant à produire de l’hydro-électricité et à séparer le Nord du Sud. Un côté qui héberge une faune d’animaux sauvages, des végétaux, des tonnes d’insectes et quelques Algonquins. L’autre où se retrouvent un super casino et une population émerveillée par la promesse de faire tomber de l’argent du ciel si nous acceptons de jeter plus d’écus dans la machine de la sainte quête.

 

Morosité cadavérique

 

Malheureusement, lors de crises de morosité cadavérique, il m’arrive de croire que je serais le citoyen d’un pays infesté par des vampires. Le 2 septembre dernier, j’ai même communiqué avec Borgias Dragone, une employée du gouvernement du Québec, pour tenter d’en savoir plus sur ces créatures. Comme un dauphin qui sautait dans ma tête, elle m’a affirmé qu’un régime équilibré est nécessaire au maintien d’une bonne santé. Si je comprends bien ses mots, cela veut dire que les vampires doivent autant consommer du sang humain que celui d’un cerf, d’un caribou, d’un ours, d’un chat ou d’un rat, qu’ils peuvent autant envahir le Nord que le Sud. 

 

Toujours en crise, je compare maintenant le paradis de Jean à un gros congélateur, dont le thermostat serait dans les mains de directeurs de banque de sang. Le bétail bouge et s’excite! Pour éviter de courir inutilement après leur repas, ils ralentissent notre mouvement en abaissant la température. La crise monétaire! On passe de 28 à 21 degrés. Les pertes de 40 G$ à la Caisse de dépôt! Pour la renflouer, la température tombe sous les 20 degrés. Pour honorer le libéralisme et le mondialisme, ils provoquent ensuite des petits frissons de concurrence. Pour conclure le Sommet de Davos, ils nous parlent de froidure dans le monde du travail et des services sociaux, au nom de la productivité et du profit. Et lorsque se présente le Sommet économique mondial de Montréal de juin 2009, on nous demande de nous vêtir chaudement pour nous adapter au Nouvel ordre mondial…

 

Lorsque le thermomètre affichera un froid hivernal, déciderons-nous de nous marginaliser en quittant «le havre de paix et de richesse» ou devenir des morceaux de viande congelée résignés à nourrir le capital économique de pâles personnages? Je ne peux répondre. Par contre, je constate que notre inertie collective repose sur l’obéissance aveugle à des dogmes s’inspirant du  néolibéralisme. Nous nous soumettons à des gens qui adaptent leurs discours à leurs besoins. Partout, des mots se répètent pour noyer nos bruits: «Création de richesse», «une équipe du tonnerre» ou «l’économie d’abord». Et lorsque nous décidons que le mantra ne nous élève pas vers des cieux cléments, la secte nous marginalise et nous refuse. Pas assez bilingue. Trop séparatiste. Pendant ce temps, les Parfaits qui divisent les gens en clans et en degré d’assimilation à l’evil empire, n’osent enquêter sur les irrégularités de la Caisse et sur ses enfants de choeur. Ne débattons pas des risques à laisser les leviers de notre société dans les mains de buveurs de sang ayant une vision sectaire du pouvoir et de la démocratie. 

 

Miroirs et boutons

 

Un des mythes se retrouvant autour de ces créatures affirme que les glaces ne réfléchiraient pas leur image. Plus près de notre réalité, nous pouvons dire que le miroir reflète ce que nous aimerions voir pour leur donner le volant du pouvoir. Pour conséquence, dans ce monde soumis à la création d’images et à l’art de les multiplier dans les médias écrits et au petit écran, nous sommes disposés à laisser un pâle personnage s’élever au-dessus du peuple et de la démocratie s’il est habillé d’une soutane, accompagné du calice d’or de la communion et de l’Autel du sacrifice. 

 

Pourtant, une des responsabilités civiles du citoyen est de critiquer. Nous avons le droit de nous demander si les saints emprunts sur les marchés étrangers servant à la construction d’infrastructures et du barrage de la Romaine ne viseraient pas un contrôle des ressources du Nord que les économistes de la CIA planifient pour les 20 prochaines années afin de préserver l’autonomie des États-Unis. Comment? Une porte ouverte au pillage qui profitera, d’ici trois à quatre, à une privatisation d’Hydro-Québec et à une exportation d’eau pour panser une reprise économique boiteuse et un pourcentage de la dette étrangère devenue étouffant à la suite du bâillon de septembre dernier ayant donné naissance à la loi 40 permettant des déficits jusqu’en 2012. Bref, nous sommes sur la bonne voie pour suivre les recommandations de l’Institut économique de Montréal (IEDM) dont le micro semble servir des buveurs de sang ayant des accointances avec l’empire anglo-américain et les services secrets au détriment des citoyens.

 

Ne croyons pas qu’une «équipe du tonnerre» puisse se révéler sans la foudre. L’invasion de notre territoire par des gourous de la pensée magique se traduit en une pandémie de vampirisme qui affecte notre esprit rationnel. Alors que Barrak Obama comprend que l’économie d’un pays repose sur une croissance du pouvoir d’achat de produits confectionnés à l’intérieur de ses frontières (buy american), notre cher prêtre accorde du crédit au propos de l’aile jeunesse du PLQ (et adéquiste) proposant d’augmenter les frais des services, donc le coût de la vie, au nom de la reprise économique. Ainsi, en majorant les frais de service et la TVQ, l’État s’en prend au pouvoir d’achat de ses citoyens, ce levier économique qui crée de l’emploi. Et encore, il incite de ce fait la population à se tourner vers des produits moins dispendieux souvent fabriqués à l’extérieur du pays. Ainsi, non seulement il freine la croissance de l’économie locale, mais il accentue la sainte fuite des capitaux vers des marchés étrangers.

 

Bien sûr, au Québec nous préférons fuir plutôt qu’affronter le reflet d’une ruine anticipée. Si nous en avions la possibilité, nous aimerions même partir vers le passé, à une époque où la vie était plus facile et les politiciens des pères préférablement à des prêtres. Cela serait aussi pour nous une occasion de constater qu’un début de chaque programme, idéologies, rêves ou projets, nous retrouvons une personne qui enclenche le procédé en pressant sur un bouton et d’autres qui refusent de le faire. Avec le règne du premier ministre Jean Lesage, un bouton a été pressé. Les biens faits de la Révolution tranquille se sont étendus dans les institutions pour donner plus de coffre au Québec. Avec l’élection de René Lévesque en 1976, on nous offrait son aboutissant: le bouton de la souveraineté.

 

Voyage vers le passé

 

 

 

Aujourd’hui, le bouton de Jean ressemble à celui d’une machine à voyager dans le temps qui nous replonge dans les années 50 pour retrouver Maurice Duplessis. À cette époque, le gouvernement se fabriquait une image de sainteté tout en décriant les médias qui nuisaient à ses objectifs. En 2009, cette tendance se pointe de nouveau. En plus du bâillon Rabaska, nous retrouvons le cas du ministre démissionnaire du Travail et député du PLQ David Whissell. Il a menacé de poursuite Le Devoir si le journal rédigeait des textes contraignants sur les liens qui le lient à ABC Rive-Nord, exécuteur de contrats pour le gouvernement du PLQ.

 

C’est aussi dans les années 50 que la physique quantique s’étend dans l’univers de la vulgarisation scientifique. La principale théorie qui en émerge affirme que la matière aurait plusieurs états au point de s’ajuster à l’œil de son observateur. Pour citer un exemple, revenons au miroir. L’image s’y reflétant varie selon les témoins. Pendant qu’un peut l’interpréter comme une copie conforme de ce qui s’y projette, une autre pourrait accuser le reflet d’être imparfait, car le temps que la lumière prend pour voyager vers le miroir et revenir vers lui (600 millionièmes de seconde pour une distance d’un mètre) ne nous permettre pas de l’associer au moment présent. 

 

 

 

Pour prolonger notre réflexion, imaginons un rat voyageant dans le temps. Son départ débute à midi, d’un laboratoire secret. Sa destination: 11 h 59, un mètre plus loin. L’heure arrive. Le bouton se presse. L’animal se dématérialise de son point de départ. Pouvons-nous affirmer que l’expérience est une réussite? Nous pouvons seulement affirmer que le bouton fut pressé une fois. Pour comprendre, situons-nous à 11 h 58. Nous voyons le rat à son point de départ. Dès 11 h 59, nous observons le rongeur se contempler, à son point de départ, de l’endroit de son arrivée. À midi, nous décidons de ne pas toucher au bouton. Pour conséquence, le laboratoire devra soigner deux rats presque identiques (un est plus vieux d’une minute). 

 

Le miroir

 

Nous parlons ici de l’effet miroir. Pour des personnes saines, il représente une occasion pour échanger avec soi. Pour d’autres, plus analytiques, elle permet de sonder les différences entre le soi et celui plus âgé d’une minute. D’autres par contre ne peuvent se confronter à ce phénomène. Dans l’Interzone, nous les associons à des vampires pour cette raison: ils sentent un besoin viscéral d’éviter le miroir. S’ils ne peuvent le faire, ils passent généralement à l’adversité et parfois au meurtre. Bref, ces gens ne peuvent non seulement tenir le volant avec des étrangers, mais aussi avec eux-mêmes.

 

Le problème n’est pas de découvrir que notre société se compose de ces gens, mais que certains occupent des postes clés en politique en s’assurant qu’aucune surface réfléchissante ne se retrouve dans leur espace de vie. Cette façon de diriger a aussi une conséquence mystique, dont celle de prendre des vampires pour des prêtres. En nous inspirant de la physique quantique, ne pas se regarder se révèle aussi l’antithèse de ce que nous pouvons qualifier d’être supérieur ou de Dieu, celui qui voit toujours son reflet au moment présent, malgré la distance, celui qui est la lumière qui s’observe à l’instant.

 

Ne nous torturons pas pour devenir ce que nous ne pouvons être. Nous pouvons par contre apprendre à nous contempler. Au Québec, nous fuyons notre reflet. Nous ne devons pas nous confronter et encore moins nous donner des occasions pour former un collectif. Et celui qui évite le miroir se retrouve généralement dans l’abri du fédéralisme canadien, le château de Vlad qui se découvrant beaucoup plus inquiétant pour notre avenir que la souveraineté du Québec, car reposant sur une gouvernance qui ressemble de plus en plus à une secte de vampires qui sélectionnent leurs victimes selon leurs besoins: Amérindiens, Canadiens français, Québécois, syndiqués, journalistes d’enquêtes, séparatistes, intellectuels, pauvres, chômeurs, assistés sociaux dont le discours propagandiste les associe généralement au… passé. Pour mettre notre main à la pâte, nous écoutons la grande messe se réciter dans une langue étrangère au point de répudier ceux et celles qui aimeraient y participer sans parler le latin de Jean, répéter ce mantra: «nous ne pouvons rien faire».

 

Bravo! Nous acceptons de vivre dans une monarchie qui nous déresponsabilise autant que nos dirigeants. Nous payons notre assurance santé sans nous doter d’une politique de prévention, que ce soit pour éviter la prolifération d’OGM ou d’aliment douteux nuisant non seulement à la santé, mais à l’environnement. Nous offrons à la population plus de 11 millions de doses de vaccins contre la grippe A(HINI) sans avoir une seule occasion de voir Silence on vaccine. Nous gérons nos acquis sociaux, comme un vampire administre une banque de sang. Et lorsque des résistants prennent le sentier de l’originalité pour confectionner des fromages au lait cru, à la place de féliciter leurs audaces et d’encadrer leurs productions dans l’intention de protéger leurs investissements et faciliter l’exportation de leurs produits, nous les saisissons. Ensuite, nous pourrons promettre de beaux dollars pour publiciser les bons fromages québécois en oubliant le plus important: c’est un luxe menacé par la crise. Pour éviter la débâcle, il faudrait plutôt les subventionner avec autant de bonne volonté que nous le faisons avec les entreprises étrangères qui gèrent le congélateur à viande froide de Jean.

 

* * *

 

Bref,  le 25 septembre dernier s’est brisé un grand miroir dans lequel tout un peuple s’observait. Il se nommait Pierre Falardeau. C’est fini. Le soleil se lève. Allons nous coucher. Si nous sommes gentils, pendant notre sommeil notre bon gouvernement canadien nous livrera des trousses mortuaires en plastique pour remplacer notre vieux matelas de lis.  

 

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