Le très honorable Jean Chrétien

80 Wellington, Ottawa

Ontario

K1A 0A2

 

Laval, le 4 janvier 2001

 

Monsieur le Premier ministre,

 

Suite à des lettres envoyées au Ministère de la Santé et à l’Agence Canadienne d’Inspection des Aliments (ACIA),  malgré la documentation reçue, je suis toujours sans réponse à cette question: Ai-je le droit de ne pas consommer des OGM ? J’espère que vous comprenez que je parle ici de votre politique en matière d’OGM, qui refuse aux citoyens, le droit de ne pas consommer des aliments issus de la biotechnologie. Pour cette raison, j’ai décidé de vous écrire afin d’éviter de perdre mon temps avec des interminables demandes, qui se transforment en éloges à la politique alimentaire et agricole du Canada, au détriment des droits individuels. Ainsi, comme vous pourrez le constater, j’ai pris la décision de vous demander votre intervention rapide, afin de faciliter mon expatriation.

 

Mais avant d’en arriver là, je dois faire le point avec vous et préciser que votre gouvernement donne l’étrange impression d’être sous la défensive, quand vient le temps de parler d’étiquetage obligatoire des OGM. Je dois préciser qu’il n’est pas nécessaire de réciter des mantras faisant l’éloge du sérieux de Santé Canada et de l’ACIA, quand il est question de droits individuels et collectifs. Pour cela je dois vous expliquer que refuser de consommer des  OGM est du même ordre que refuser de consommer de la viande. Cela dépasse largement les questions d’innocuité, de salubrité ou de toxicité, en étant une question de philosophie, de pratiques religieuses ou d’un éthique sociale ou commerciale. Avec les OGM, nous entrons donc dans un problème humain, qui  ne s’explique que par une compréhension et le respect de la partie noble de l’homme.

 

Si dans mon cas, mes croyances religieuses y ont leurs places, je considère aussi que mon droit de consommer ce que je désire est un geste autant politique, éthique, social, qu’économique. J’ai le droit d’encourager l’industrie qui me plaît, le droit de choisir ceux que j’aiderais ou non, par ma liberté de consommer et de participer à la croissance d’un monde que je souhaite. De même, aux dernières nouvelles, au XXe siècle toutes tentatives de contourner ce droit de choisir selon ses critères,  fut à la base d’une dictature. Je crois de même, qu’il faudrait passer le message à Santé Canada  et l’ACIA afin qu’ils soient plus concis et objectifs, dans les réponses qu’ils feront aux Canadiens à l’avenir. 

 

Maintenant que j’ai pu m’exprimer sur les raisons de mon choix, je dois vous informer que depuis 1996, j’ai fait preuve d’une grande patiente, malgré les problèmes que les OGM m’ont apportés, avec votre politique encadrant leurs mises en marché. Je fus heureux de voir qu’en septembre 1999, votre gouvernement semblait avoir compris, en préparant un projet de loi. Mais quand nous découvrons qu’après 15 mois, nous sommes toujours devant le refus de respecter ce droit de consommer ce que nous voulons, par l’affichage volontaire, il y a de quoi perdre patiente.

 

De même, en considérant qu'avec les dernières années, ce plaisir de manger est devenu pour moi une épreuve, par des nombreux téléphones que j’ai du faire pour connaître la composition de produit que j’avais l’habitude de consommer, je reste aussi stupéfait de constater que des entreprises m’ont lu des communiqués envoyés  par votre gouvernement, qui toujours, ont omis de parler des droits individuels, afin de faire l’éloge de votre politique alimentaire. Je dois vous dire qu’en plus d’accréditer le refus de m’informer, sans user de propagande, j’ai eu cette profonde impression que votre gouvernement ne travaille plus pour moi, mais bien pour l’industrie. Je vous avoue même qu’a force d’accumuler des exemples de l’absurdité, il m’arrive de comparer votre gouvernement avec l’idéologie nazie, qui fut encadré de propagande et l’eugénisme (on commence par la nature) et les  sectes qui doivent apprendre à mémoriser des phrases, en excluant toutes négations ou sens critique envers le maître ou le gourou.

 

Je suis peut être dans l’erreur, mais je sais aussi que ce qui rejoint le nazisme, les sectes et votre gouvernement, est cette réalité: Il y a un piétinement des droits des individus, au nom d’une idéologie d’exclusion et de dominance. Mais je n’accuse personne, car il est  vrai que ni la Constitution canadienne ou la Charte canadienne des droits et libertés ne prévoient le respect des droits des canadiens en matière d’alimentation. Il est aussi vrai que la constitution ne fait pas du peuple canadien, un peuple souverain (seul le parlement est souverain), ce qui rend caduque l’expression juridique des droits des individus en matière d’OGM, sans la volonté de l’État. Ainsi, je vous le concède, malgré le non respect de mes droits, vous restez infaillible selon la Loi, ce qui offre comme solution, celles de dire que refuser de consommer des OGM, afin de choisir le genre de société que nous voulons encourager, n’est pas un droit, ce qui répondrait à cette question du début, qui semble si difficile à répondre: Ai-je le droit de refuser de manger des OGM ?

 

Peu importe, avec les OGM le Canada est devenu pour moi une honte, car il faut  comprendre que nous soyons devant un exemple de ce refus de l’État de garantir le droit aux canadiens de choisir ce qu’ils vont manger, comme si le développement d’une technique devait obligatoirement s’accompagner d’un effritement des droits individuels, afin d’avantager une industrie qui en est rendue à avoir besoin des fonds de l’État, afin de contrer les effets pervers de sa croissance.

 

Avec cette absurdité de vivre dans ce pays, me rendant amer et révolté, je pourrais tenter de prendre la voie de la justice, mais comprenez que je n'aie pas les moyens financiers ni le temps de faire respecter mes droits. Comprenez aussi qu’en étant depuis 1996 sur le dossier des OGM, la question n’est plus de forcer la main au Canada, pendant que les OGM s’imposent par votre politique, mais bien de tenter de vivre selon mes priorités et mes croyances. Ainsi, je ne sais pas ce que vous feriez à ma place, mais moi j'ai décidé de m’exiler du Canada.  Je ne voix pas d’autres solutions, en constatant la tournure des évènements.

 

De même, il serait pour moi très important de vous rencontrer quelques minutes, pour discuter de l’aide que j’aurais de besoin, autant pour accélérer les procédures d’immigration vers un pays respectant mon droit, qui à moins de changement, sera la  France, et pour faciliter mon intégration rapide. Il est pour moi important de quitter le pays dans les plus brefs délais, afin d’éviter que la question des OGM puisse devenir lourde de conséquence. 

 

Merci de votre attention.

Marc Huber

 

 

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